La femme Slimane, rock amazone

« Les modes passent, le style est éternel ». YSL

Pendant 10 ans, Hedi Slimane a inventé pour Dior la silhouette de l’homme d’aujourd’hui. Tailleurs cintrés, épaules étroites, manches près du corps, il a habillé toutes les pop stars de la planète, de David Bowie à Keith Richards en passant par Sting ou Mick Jagger. Mais Slimane n’a pas seulement dégagé l’homme de ses épaulettes de chef d’entreprise en cravaté, il a rendu à l’homme une ligne, une silhouette, un corps, avant lui enfouis sous des couches de vêtements. A tel point que Karl Lagerfeld a pu déclarer que s’il avait décidé de perdre trente kilos, c’était pour pouvoir entrer dans ses costumes cintrés et ses chemises blanches aux cols impeccables.

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Pourtant au début, ce sont les femmes qui ont acheté les chemises blanches et les tailleurs cintrés d’Hedi, mais rapidement leurs compagnons, ces trentenaires plus minces que leurs ainés ont contribué à démocratiser cette nouvelle ligne, synonyme d’un nouvel art de vivre : la minceur, qui impliquait de manger mieux et de faire du sport pour conserver une silhouette d’adolescent. Slimane a en quelque sorte “inventé” l’homme d’aujourd’hui, même s’il est difficile de s’en souvenir à présent que les hommes sont libérés du carcan de leurs lourds costumes et de leurs cravates rayées.

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Qui mieux que Slimane, aurait donc pu succéder à YSL, l’inventeur du smocking pour femme ? A travers sa première collection dont la campagne de publicité sort cette semaine, c’est donc une femme amazone qu’il dessine, une femme urbaine, sexy : stilettos, slim, chemise blanche et veste cintrée revisitée dans un esprit rock’n roll pimenté d’un nœud de soie blanc surdimensionné. Perfectly Slim.

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Bien sûr, la femme Slimane est une femme improbable. Mince, elle arpente le parquet de son château de ses jambes interminables. Pourtant, il y a en elle ce quelque chose d’essentiellement moderne : cette simplicité de la ligne qui sied si bien à l’époque. Une époque qui doit se concentrer sur l’essentiel après avoir gaspillé ses forces dans la course à l’argent et au pouvoir. Qu’a donc de plus la femme Slimane si ce n’est tout simplement l’énergie que lui procure une démarche libérée des jupes qui entravaient sa course ?

Quand Slimane dessine une robe du soir, c’est vraiment une robe du soir ; que seules les audacieuses ou les affranchies peuvent porter, ce n’est pas la robe du soir d’une femme sage qui sert de faire-valoir dans les dîners en ville. La robe devient alors écrin, pour dévoiler celle qui la porte. N’est-ce pas Yves Saint-Laurent qui a dit : « Quand je dessine une robe ce n’est pas pour qu’on voie sa coupe ou sa matière mais la femme qui l’habite » ?

Slimane va–t-il libérer la femme de la tyrannie de la robe comme son prédécesseur l’avait libérée de la robe de cocktail en lui faisant porter un smocking?

Hedi Slimane sera entendu par toutes celles pour qui féminité ne rime pas avec fragilité et qui préconisent la fin de la petite robe noire, tellement correcte, tellement décente, et tellement « boring » ! Nous disons « oui » à Hedi Slimane et sa vision moderne d’une femme qui s’émancipe des clichés masculins du passé, pour inventer sa propre identité.

Danièle Pétrès

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