Objets hybrides

Support de fiction pour Georges Pérec, écrivain français, qui mettait parfois au centre de ses histoires des objets à la place des personnages dans ses romans, ce sont aujourd’hui les designers et les artistes qui s’en saisissent. Au cœur de leur réflexion artistique : la fin programmée des objets.

Fabrice HyberFabrice Hyber

Rendus obsolètes par les progrès techniques ou tout simplement passés de mode, un courant du design leur invente une nouvelle destination ou de nouveaux usages.

Dans deux expositions qui viennent de débuter, l’une au MAC/VAL d’Ivry sur Seine et l’autre à la Cité du Design de Saint-Etienne, les objets racontent leur histoire.

Fabrice Hyber au MAC/VAL

Sous le titre « Vivement demain », Fabrice Hyber présente ses « Prototypes d’Objets en Fonctionnement (POF) » du 20 octobre 2012 au 20 janvier 2013. Cette exposition compte 150 objets réalisés entre 1991 et 2012, dont le Ballon carré et la balance à trois plateaux.

Fabrice Hyber est un des rares artistes Français ayant réussi à s’exporter à l’étranger. Il est parmi les premiers à avoir créé son entreprise pour produire ses œuvres. Dans le catalogue, il explique : « À la différence d’un Prototype industriel, le POF aborde la méthode de fabrication et devient peu à peu un mode d’emploi. Les POF ont pris diverses formes, j’ai alors imaginé les POF shops, des « magasins » où coexistent deux types de POF : les objets préfabriqués et les méthodes de fabrication des POF à faire soi-même». A mi-chemin entre le Do it yourself et l’objet inutile, Hyber cherche à travers les POF à nouer une relation affective avec les spectateurs de l’exposition.

Fabrice HyberFabrice Hyber

Exposé à la Cité du Design de Saint-Etienne, Noam Toran appartient quant à lui à cette nouvelle génération de designers britanniques regroupés sous l’appellation de « Critical Design ». Selon Alexandra Midal, commissaire de l’exposition intitulée « Politique Fiction » : « Noam Toran appartient à ce courant de créateurs qui reconsidèrent les besoins négligés et questionnent le terrain d’action moraliste du design et de la production industrielle. L’œuvre de Noam Toran imagine des « objets hypothétiques ou fictionnels ».

L’exposition a plus généralement pour but de montrer comment le pouvoir de la fiction peut être mis au service de la contestation des designers envers le système économique de la production du design. Sont également présentes des personnalités diverses oeuvrant dans le design et ses frontières tel que Enzo Mari, Superstudio, l’Atelier Van Lieshout, Didier Faustino, François Roche et son Agence R&Sie, Marguerite Humeau…

NoamNoam

NoamNoam

Tels les totems d’une société dont le sacré s’est absenté, ces objets nous interrogent sur ce qu’il reste de trente ans de surproduction. Faut-il pour autant les ériger en objets d’art contemporain ? La question reste ouverte, car la proposition même de recycler ces objets délaissés, n’appartient-elle pas déjà au passé ?

Fabrice HyberFabrice Hyber

Danièle Pétrès

Mots-clefs : , , , ,